Le Domaine Gonon à Mauves

Nous avons été reçus avec beaucoup de gentillesse au domaine par Pierre Gonon, qui nous a accordé 2 heures en sa compagnie. Le moins qu’on puisse dire est qu’il maîtrise son sujet dans les moindres détails et a des idées très arrêtées, dictées par ses années d’expérience et son savoir faire. Malgré le succès mondial du domaine, c’est un homme qui a su garder les pieds sur terre.

Parcellaire

  • Le Saint-Joseph blanc Les Oliviers (2 ha) est issu de 2/3 de vignes plantées en 1988 et 1/3 de jeunes vignes de moins de 10 ans, pour une moyenne d’âge de 20 ans environ, sur Les Rivoires, côté plaine, sur des sols profonds, dans le cône de déjection d’un ruisseau: le sol est donc principalement alluvial à cet endroit. La parcelle est ensoleillée du matin au soir.
    A noter qu’il n’y a pas de clônes sur ces vignes, plantées sur échalas en 160×75, juste 1000m2 de massale
  • Le VDP Les Iles Feray est issu à 100% de massales à part 1200m2 de clônes qui vont dans le Saint-Joseph. Au total, il y a 8000m2 répartis sur plusieurs parcelles, en plaine principalement.
  • Le Saint-Joseph représente le morceau de bravoure du domaine, avec 7,2 ha exclusivement en coteaux (répartis sur une quarantaine de parcelles!), avec des pentes variables, exposition sud/sud-est pour l’esssentiel.
    Le parcellaire se répartit sur 4 zones principales:

    • 2 ou 3 parcelles sur Mauves
    • un peu de terre aux Oliviers: le sol est profond (1,80m),composé de loess et d’argile sur un socle granitique. Cela produit des vins ronds mais qui manquent de niaque. Cela permet d’apporter de la rondeur et du gras à l’assemblage. C’est un terroir historique à blanc: autrefois on disait même Vin des Oliviers plutôt que Saint-Joseph blanc.
    • des jeunes vignes sur la côte de Tournon, sur granit avec quelques veines argileuses correspondant aux lits des ruisseaux
    • des vignes plus âgées, certaines presque centenaires, sur le gneiss de Saint-Jean-de-Muzols. le sol est très fin, la roche affleurante plus fracturable. Ces vignes craignent la chaleur.  Sur ces vignes les plus anciennes, la densité est aux alentours de 9000 pieds/ha

Travail des vignes

Le domaine emploie 4 permanents ainsi que quelques saisonniers le printemps et l’été, pour arriver à 10 personnes au total environ.

Ici le travail est fait au cheval quand c’est possible, et lorsque la pente devient trop raide, le treuil prend le relais. Les traitements sont faits au chenillard quand la pente le permet, sinon à dos d’homme. Les frères Gonon ne pratiquent pas le rognage: ils mettent en place des arches.
Le sol est travaillé 4 fois par an en moyenne. Les ceps sont buttés à partir de janvier lors de la taille, puis débuttés au début du printemps. Enfin, un à deux griffages sont effectués l’été.
Le cycle de travail à la vigne se décompose donc comme suit: taille -> ébourgeonnage -> 1er attachage -> 2e attachage (après floraison) -> entrecoeurs -> 3e attachage pour former les arches. A noter que des vendanges en vert peuvent parfois être effectuées, généralement lors du 2e attachage.
Il faut faire très attention lorsqu’on ôte les entrecoeurs à ne pas arracher de feuilles. Au domaine, il n’y a en effet pas d’effeuillage malgré les conseils de la chambre d’agriculture.
Des semis de pois et de seigle sont effectués là où c’est possible pour d’hiver. Ailleurs, on laisse l’herbe pour l’hiver également.
L’herbe pousse beaucoup en début d’été, ce qui nécessite parfois des griffages jusqu’à fin juillet pour limiter la concurrence sur ces sols pauvres. Il faut faire très attention aux raisins avec le treuil car il est très facile de les abîmer par simple frottement du treuil.
Les traitements se font au cuivre et au soufre, ainsi qu’avec des purins de plantes achetés. A titre d’exemple, ils ont utilisé 2 kg/ha de cuivre sur 2018, avec beaucoup de traitements au printemps et en juin à cause des grosses attaques de mildiou auxquelles il a fallu faire face.
Le plus long et fastidieux en termes de travaux est l’attachage, surtout avec le troisième tour nécessaire à la réalisation des arches évoquées plus haut (au lieu de 2 tours classiquement)

Vinification

Le tri est effectué à la vigne, et depuis 2 ans, il n’y en a presque pas besoin. L’éraflage -minimal- se fait à vue de nez, en fonction des conditions. 2017 est 100% en vendange entière, alors que 2018 a été éraflé à 10%.
La fermentation, uniquement en levures indigènes, se fait en cuves thermorégulées ouvertes (bois et béton). Elle est courte, avec un léger foulage au pied à l’encuvage. Macération et fermentation durent environ 3 semaines, avec un pigeage et un remontage par jour , puis 2 pigeages par jour une fois les fermentations terminées. Quand le chapeau tombe, le vin est entonné. pas de bois neuf, fûts de 600 litres pour les rouges et 225 litres pour les blancs. Les demi-muids, sont tous achetés d’occasion chez Yann Chave alors que les barriques de blanc viennent du Mâconnais.
Les différentes parcelles sont vinifiées séparément.

Utilisation d’un peu de soufre à l’encuvage ainsi qu’à l’assemblage en fin d’hiver. Ensuite, de légers ajustements peuvent avoir lieu l’été, l’idée étant de rester à 15 mg/l de libre jusqu’à la mise, pour ne pas avoir à soufrer à ce moment-là. Le dernier ajustement a souvent lieu en octobre et cela suffit jusqu’à la mise.

Les vins

Le Saint-Joseph blanc Les oliviers 2017 est un assemblage à dominante marsanne (80%) qui fermente avec la roussanne. Pressurage direct après vendange le matin pour préserver de la fraîcheur. Vendanges sur 3 matinées. On débourbe en cuve et on passe le vin directement en fûts. 2017 a été un millésime très sec qui a donné une petite récolte. Mise prévue en décembre. Le vin est déjà très bon, du gras mais aussi une belle tension, très bel équilibre.

Le VDP Les Iles Féray 2017 est encore tannique et  marqué par la fraîcheur apportée par la vendange entière. C’est encore ferme mais déjà ouvert aromatiquement. Eraflage 40%

Le VDP Les Iles Féray 2016 est déjà délicieux, beaucoup de fruit et malgré des tanins un peu saillants c’est une petite bombe fruitée qu’il sera impossible d’attendre, comme tous les ans d’ailleurs…

Le Saint-Joseph 2016 a des tanins beaucoup plus fins mais est encore très serré. l’aromatique est malgré tout en place sur les marqueurs d’une jeune syrah, et le vin a une très belles profondeur. Il gagnera à être attendu, Les Iles Feray peut aider pour cela!

Saint-Joseph millésime à l’aveugle: superbe nez de grande syrah à maturité, du fruit encore mais aussi des arômes plus évolués qui tendent vers le tertiaire (sous-bois-champignon). La bouche est par contre encore très jeune mais les tanins presque fondus. le vin est porté par une superbe colonne acide qui l’emmène dans une finale interminable. On sent le vin malgré tout sur la réserve et un petit coup de carafe devrait pouvoir lui faire du bien. C’est malgré tout très jeune, malgré ce que le nez laissait supposer. C’est 2005! Le vin en a encore sous la pédale et quelques années de plus ne lui feront certainement pas de mal.

Le Saint-Joseph 2018 rouge issu des Oliviers est en fin de malo, réduit mais déjà prometteur, avec une belle aromatique.

Saint-Joseph 2018 issu des parcelles de Saint-Joseph et de Tournon: nez déjà très net et expressif par rapport aux oliviers, sur les fruits noirs notamment. En bouche, c’est dense et structuré. Pierre Gonon le considère comme un vin très classique des terroirs de Saint-Joseph.

Saint-Joseph 2018 issu des vignes de Saint-Jean-de-Muzols: c’est un vin plus fougueux, dense et très tannique

Les parcelles de Mauves sont réparties sur les autres barriques des trois origines précédentes, sauf quelques vieilles vignes isolées dans un fût séparé. Ce dernier vin offre plus de profondeur et des tanins nombreux mais déjà très fins.

Le Saint-Joseph blanc Les Oliviers 2016 a un nez très expressif et épicé, avec là encore une aromatique sur les fruits d’automne et une belle fraîcheur.

VDP chaselas 2016: c’est plus rond et simple, un poil aqueux en finale. une bonne petite quille à ouvrir entre amis et sans chichis!

L’accueil qui nous a été réservé par Pierre Gonon a été royal, et ses explications détaillées et passionnées nous ont permis de parfaitement appréhender le fonctionnement du domaine et son parcellaire pourtant complexe de prime abord. Merci à lui une nouvelle fois!

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