La Table Rouge à Noizay

Philippe Chigard et Alexande Giquel qui vole désormais de ses propres ailes

Philippe Chigard et sa compagne Claude Cabel-Airaud sont des micro-vignerons heureux! Ils m’ont réservé, chez eux, un accueil adorable avec en plus des vins, des produits locaux de belle qualité pour accompagner la dégustation!

Historique

Philippe est formateur en traction animale et délivre son enseignement à une promotion de 10 adultes par an au lycée viticole d’Amboise, où une filière dédiée a été mise en place. Ces derniers partent ensuite travailler dans toute la France. En plus de cette activité, il officie également pour plusieurs vignerons en compagnie de son ancien élève Alexandre Giquel dont Lise et Bertrand Jousset ou Vincent Carême, chez qui il travaille les sols au cheval.

Le travail au cheval sur La Table Rouge

Claude et Philipe ont décidé de s’installer en 2013, pour un premier millésime mis en vente en 2015.

Parcellaire

Le domaine a une taille minuscule d’à peine 80 ares, réparties sur 4 petites parcelles orientées est-ouest:

  • La Table Rouge est une parcelle de 25 ares de chenin en première côte de Vouvray, que l’ancien propriétaire ne pouvait plus travailler au tracteur: les dernières vignes sont si près du coteau que le demi tour était compliqué sous peine de se retrouver sur la maison du dessous…Deux solutions se proposaient au propriétaire: arracher les vieilles vignes de 125 ans pour replanter dans le sens opposé et permettre le passage d’engins ou se séparer de la parcelle au profit d’un vigneron travaillant au cheval! Philippe a donc repris avec grand plaisir cette parcelle exceptionnelle et sont capital de très vieilles vignes. Le sol est peu épais, 40 cm d’argile à silex, sur une roche-mère de tuffeau – celui-là même dans lequel sont taillées les caves juste en dessous. Ce sol est au yeux de philippe plein de qualités, car il ressuie vite grâce à la pente et garde l’humidité en cas de sécheresse grâce à sa composante argileuse.

    La table rouge, dont la parcelle éponyme tire son nom!

  • Une parcelle de 18 ares de chenin située aux Champs Martin sur Noizay, dont le sol est plus sablonneux. Cette dernière sert à produire la bulle du domaine et jouxte une maison. C’est pour Claude et Philippe une terre maraîchère, donc fertile, qui nécessite de calmer la vigne car de plus, les engrais organiques épandus sur les parcelles du dessus y ruissellent. Il va donc falloir planter pour concurrencer la vigne et la brider.
  • Une parcelle de 16 ares de gamay sur Les Bruyères du Haut Coulommiers, assez éloignée du domaine mais dont le couple ne veut pas se séparer car elle est plantée d’une vieille massale très qualitative. Philippe veut d’ailleurs replanter les manquants à partir de greffons issus des meilleurs pieds de cette séléction. C’est un sol d’argile très collante qui, pour cette raison, s’appelait autrefois « La Guincheuse »: il fallait sevèrement se secouer les pieds pour s’en débarrasser!
  • Une parcelle de 16 ares d’argile à silex très caillouteuse, plantée de cabernet franc en première côte de Nuzelles. (18 ares au total, deux doivent être complantées). Les vignes subissent ici une forte pression d’esca.

Travail à la vigne

Il faut bien comprendre que Claude et Philippe se contrefichent de l’appellation « bio » ou « biodynamie ». Leur projet à eux est plus global, ils veulent restaurer les paysages et la biodiversité d’ensemble de leurs terres, mises à mal par des décennies d’agriculture en tout chimique.

Pour ce faire, ils travaillent donc au cheval, en limitant au maximum l’apport de soufre et de cuivre. Mais ils vont plus loin, car après les labours, ils replantent également: arbres fruitiers, légumes et plantes diverses côtoient la vigne dans leurs parcelles. Le but du jeu est de trouver le bon équilibre entre concurrence et labour afin que les vieilles vignes donnent leur plein potentiel sans trop exprimer leur vigueur naturelle. Il n’y a donc pas de recette toute faite.

Philippe en plein travail

Par exemple, au départ sur la Table Rouge, ils ont défriché et labouré la parcelle pour rendre à la vigne sa vigueur, puis lorsqu’elle fût repartie, ils l’ont calmée par enherbement en limitant les labours.
Lors des plantations ils favorisent la biodiversité et exploitent les propriétés des plantes qu’ils ne mettent pas au hasard. Lavande, légumes, cerisiers, pruniers, pommiers, tout est calculé afin de favoriser la biodiversité et l’équilibre entre la vigne et les autres plantes de la parcelle! Philippe veut d’ailleurs aller encore plus loin en replantant des haies et des bosquets afin de restaurer l’habitat naturel des prédateurs des parasites de la vigne, oiseaux et petits animaux par exemple.

Les plantes semées sur les interrangs

Des fleurs également semées sur les interrangs

Alors que la réponse traditionnelle était de supprimer complètement les cerisiers par exemple car ils sont réputés fournir un habitat à la drosophile suzukii, parasite des baies de raisin, ils préfèrent une plantation raisonnée de ces arbres, mais favorisent en parallèle la réapparition des petites bêtes prédatrices de cette mouche. De même, alors que certains pratiquent de plus en plus la confusion sexuelle chez les ravageurs de la vigne, en utilisant les produits des laboratoires phytosanitaires, avec des effets de plus en plus avérés sur la faune utile (abeilles, coccinelles, etc), nos vignerons favorisent la restauration des habitats naturels des prédateurs de ces ravageurs afin de trouver un équilibre acceptable pour tout le monde.

Des interrangs récemment travaillés

Les traitements sont limités autant que possible. En 2017, année sèche, quatre traitements ont suffi, avec une utilisation de cuivre à 1,2 kg/ha. Sur 2018, avec un printemps très pluvieux, il a fallu 12 traitements avec 3,6 kg/ha de cuivre au final.

Vinifications et vins

Les barriques utilisées sont des assez variées: 600, 400,300 et 228 litres âgées de 5 à 12 ans se côtoient à la cave.

  • Jeanine 2018 (sur fût) est un moelleux issu du 3e passage dans la vigne de la Table Rouge, après le sec en première trie et le liquoreux en seconde trie. Il titre à 22° de potentiel. La fermentation est en cours, Claude et Philippe sont obligés de chauffer les barriques à environ 15°C pour que les levures naturelles travaillent correctement (la cave en tuffeau est aux alentours de 14°C ce qui est insuffisant)
  • Le liquoreux 2018 (sur fût) fermente également dans une toute petite barrique et une bonbonne en verre. Il est donc issu du second passage sur La Table rouge, avec uniquement des raisins passerillées (il n’y a eu que très peu de botrytis sur la Table Rouge cette année) pour un degré potentiel de 30! Grosse quille en préparation au vu de ce que donne déjà le jus en bouche en pleine fermentation. Philippe prévoit environ 3 ans d’élevage pour finir le vin.
  • La bulle de Chenin 2017 est un pétillant naturel qui a fait son début de fermentation en cuve avant d’être tiré à 1001 de densité (17g de SR) pour finir la fermentation et faire la prise de mousse en bouteille.
  • Le Chenin La Table Rouge 2017 a subi un an d’élevage sans bois neuf avant la mise qui est intervenue en janvier. Là encore, c’est très bon, un beau chenin vif et minéral comme je les aime, avec une matière bien équilibrée. Un an ou 2 de bouteille ne lui feront pas de mal pour qu’il se complexifie, mais ça goûte déjà très bien en l’état.
  • Le Gamay 2017 a été extrait à la beaujolaise, ce qui produit un vin plus dense et juteux qu’habituellement dans la région. Démarrage en macération carbonique que l’on stoppe rapidement,quelques remontages, on pige et on entonne. Au total, macération et fermentation durent environ un mois. C’est vrai que c’est plus séveux et profond qu’un gamay de Touraine classique, et surtout bien meilleur! Une belle bouteille, avec une expression très intéressante d’un gamay ligérien.
  • Le Cabernet Franc 2016 a été égrappé puis encuvé et n’a subit que 3 remontages avant de passer 8 mois en barrique. C’est un vin qui a beaucoup de gourmandise. C’est très ouvert, peut être parce que le vin a un an de bouteille de plus que ses petits camarades? j’aime beaucoup ce vin en l’état en tous cas, il ne poivronne pas et montre dès son jeune âge une belle ouverture qui tranche avec l’austérité qu’on rencontre généralement en jeunesse sur ce cépage en Loire.

C’est exactement pour ce genre de rencontre que j’aime le vin… Le modèle de permaculture adopté par Claude et Philippe semble tout à fait réfléchi et rationnel, et les vins sont de plus très jolis, ce qui ne gâche rien! Des vins et la belle histoire qui va avec…

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