Le domaine Thibaud Boudignon à La Possonnière

    Thibaud Boudignon a déjà, malgré son jeune âge,une longue histoire avec le vin derrière lui. Sa première expérience a été un job d’été en tant que saisonnier au mas de la Barben dans la région de Nîmes, vers 18-19 ans. Il est ensuite, lors de ses études, passé au Château Ollivier (2004), puis en Australie dans la Yarra Valley ( 2005). A son retour en France, il est devenu adjoint de Philippe Charlopin au Château de Pommard pour vinifier le millésime 2005, pendant un an et demi. En parallèle, il a pu travailler en pleine autonomie sur le Monopole Clos de la Perrière à Fixin ( conseil Charlopin). En 2006, il fait les vendanges au Domaine de Pallus ( Chinon) avant de travailler en 2007 pour Lafite-Rotschild et Canon-la-Gaffelière. Il faut le reconnaître, ceci constitue une carte de visite qui en impose pour un tout jeune homme comme il l’était à l’époque!

    C’est en 2007 qu’il a l’opportunité de s’installer en Anjou, en devenant maître de chai au Château Soucherie, à Beaulieu-sur-Layon. Il y vinifie son premier millésime en 2008 et commence d’emblée à monter son domaine dès 2009, séduit par l’énorme potentiel des terroirs de Savennières. Tous ses gains sont d’emblée réinvestis dans le domaine tandis qu’il poursuit son travail en parallèle à Soucherie. Thibaud a par ailleurs une activité de conseil auprès de plusieurs domaines, mais qu’il souhaite désormais cesser afin de se consacrer entièrement à son domaine. La petite activité de négoce que Thibaud mène en parallèle du domaine permet de stabiliser la production de Savennières ( équilibre les pertes les années de gel comme 2017) , de préparer les fûts, etc

Parcellaire

Au total, le domaine fait environ 7ha

  • Clos de la Hutte 2,65 ha sur schistes, vignes issues d’une massale des meilleurs pieds de certains domaines très réputés du val de Loire. Les vignes sont encore jeunes ( moins de 10 ans)
  • Clos de Fremine 1,5 ha sur un terroir plus sablonneux, censé conférer de l’élégance aux vins, plus de finesse que Fougeraies anciennement. Les vignes ont été plantées par Thibaud en 2014.
  • Vignes Cendrées 0,5 Ha sur Savennières, c’est un ancien bois doté d’une mosaïque de terroirs très intéressante, avec notamment des schistes rouges par endroits, des boutons argileux à d’autres, etc. Les vignes oint été plantées par Thibaud. ce sont les vignes de Félicie, sa fille, née à ce moment!
  • Les Gats ( Saint Lambert du Lattray) 2ha, c’est un terroir plus volcanique, en coteau plein sud. Les chenins du bas du coteau et des retours de la parcelle vont dans l’Anjou Domaine, alors que ceux de la butte et du milieu de parcelle constituent A Françoise. De plus,les fins de presse de ces dernières vont également dans la cuvée Domaine, en fonction cependant de la qualité des jus obtenus. Les vignes ont environ 30 ans. A noter que la parcelle a aussi 4 rangs de cabernet franc, avec lesquels Thibaud vinifie parfois un rouge de très belle facture, mais qui n’est malheureusement pas commercialisé.
  • Faye d’Anjou: 1,5 ha en achat, vigne en bio depuis le père du producteur actuel. C’est un vrai relai du domaine, avec qui Thibaud entretient des relations étroites.

Travail à la vigne

    Le projet de Thibaud s’est construit sur le long terme: les 10 dernières années lui ont permis de préparer correctement son projet, sans rien laisser au hasard. Il avait dès l’origine une vision claire de ce qu’il voulait faire. Thibaud n’a qu’un employé avec lui sur le domaine à l’année. En haute saison, il arrive à 1 personne par hectare avec l’aide de saisonniers. Il est à noter que Thibaud s’est séparé cette année des Fougeraies qu’il a dû rendre car il l’avait en fermage. La cuvée n’existera donc plus à l’avenir.

    Ce qui est frappant, c’est la précision et la minutie dont Thibaud a fait preuve dès qu’il a débuté son projet de domaine: il a poussé le vice jusqu’à planter préalablement  des céréales sur ses parcelles  afin de déterminer quel type de porte greffes et de massales y installer afin que les chenins soient adaptés au mieux au sol sur lesquels ils vivent. Ainsi, les massales plantées sur Frémines sont différentes de celles des Huttes, car les sols ne sont pas les mêmes.

    Pour Thibaud, le terroirs est un triptyque homme/sol/plante: le travail commencé à la vigne pour faire matcher sols et plante se poursuit lors de la viticulture et du travail de vinification au chai. Toutes les vignes de Savennières ont été plantées par ses soins. Quand on voit ce qu’il est capable de produire avec de jeunes vignes, on se dit que lorsque ces dernières auront vieilli, le résultat sera simplement incroyable! En 2019, il est passé au travail complet des sols, alors que sur les millésimes précédents, il laissait un ou deux inter-rangs non travaillés tous les 3 rangs.

    Les densités sont de l’ordre de 6000 pieds/ha ( 1,8x1m) Le chai a été construit en 2016. Il a été conçu de sorte à pouvoir rentrer rapidement une récolte en cas de besoin, s’il pleut ou s’il fait trop chaud. Cette année ( 2018 donc), les 7ha ont été rentrés en 4 jours seulement! Cette année, il a fini de planter le dernier hectare de la Hutte. En termes d’extensions ultérieures, Thibaud a des visées modestes: il considère que son exploitation est arrivée à maturité et pense qu’il peut encore s’occuper d’un ha supplémentaire si l’occasion se présente. En 2018, Thibaud a pris la décision de récolter à maturité optimale. il a vendangé une dizaine de jours après les premiers, et nettement plus tôt que certains autres vignerons qui ont cueilli plus tardivement.

Le travail au chai

    Les raisins sont pressurés en grappes entières, pas de débourbage. Le vin reste au froid pendant les vendanges puis, lorsque ces dernières sont achevées, Thibaud attaque les vinifications. Cette manière de procéder a selon lui l’avantage de laisser le temps d’adapter les contenants aux jus: il n’a en effet pas de recette reproduite annuellement, les élevages varient selon les millésimes et les caractéristiques des jus rentrés. C’est d’autant plus vrai que désormais son parc de barriques atteint l’âge qu’il souhaite pour ne pas trop marquer les vins et les élever de manière optimale. Il fait en sorte que la fermentation se déroule de manière continue mais pas trop rapide. Si cette dernière est d’ailleurs bien sûr importante à ses yeux, l’essentiel reste bien pour lui les élevages, qui font l’objet de tous ses soins. Il veut juste une fermentation qui se déroule tranquillement, sans montée en température inconsidérée.

    Les vins restent sans soufre très longtemps, et le sulfitage se fait d’ailleurs au besoin en fonction des cuvées: les vins ne voient pas le soufre avant le soutirage. Appartenant à la génération des vignerons sans soufre, il a malgré tout remonté ses doses depuis quelques années, car, comme Antoine Foucault par exemple, il a pu constater des déviances ou des développements aromatiques qui ne lui plaisaient pas avec des doses trop faibles. Concernant la filtration, là encore Thibaud ne se met pas de règles, il filtre a minima et quand le besoin s’en fait sentir.

    L’Anjou domaine est vinifié sous bois, puis élevé pour moitié en cuve souterraine et pour l’autre moitié en barriques, sur lies totales dans les deux cas. L’entonnage consécutif à la vinif se fait par gravité, grâce à la conception du chai. A Françoise est élevé pour partie en Stockinger ovale de 600l et pour le reste en fûts de 500L. Ce type de contenant favorise selon Thibaud la profondeur des jus.

Les vins

Désormais,à partir du millésime 2018 les Anjou et Savennières Vignes Cendrées et Frémine sortiront en octobre, et les cuvées « haute-couture » A Françoise et Clos de la Hutte en mars de l’année suivante , car les élevages sont plus longs. A noter que sur 2017, les parcelles de Savennières ont entièrement gelé, il n’y a donc que les deux cuvées d’Anjou. C’est ici que le négoce évoqué plus haut prend tout son sens en limitant un peu le manque à gagner. En 2019, c’est encore pire: Thibaud a gelé à quasiment 100%, il est probable qu’il n’y aura donc aucune cuvée domaine…

  • Anjou 2018 en cours d’élevage, l’assemblage n’est donc pas fait: Le vin élevé en cuve est plus réduit et un peu fermé en l’état alors que le vin en fûts est déjà ouvert et sur le fruit, poire, fruit jaune et ananas notamment.
  • A Francoise 2018 sur fût le vin a un net supplément de profondeur, comme toujours. c’est déjà superbe avec là encore des différences en fonction des contenants: tandis que les fûts de 500l sont un poil austères mais déjà assez parlants en l’état, le Stockinger est lui d’une minéralité et d’un austérité folles, j’adore! Année après année, je constate que c’est ce contenant qui donne cet aspect au vin. Le bois marque un peu pour l’instant, mais c’est tout à fait normal.
  • Les vignes Cendrées 2018 sur fût est un vin très floral et séducteur, c’est là encore très bon dans un style différent.
  • La Hutte 2017 a un nez explosif, très minéral avec une composante fumée très marquée. Sur fût c’est déjà superbe, tandis que sur Stockinger le vin est là encore très tendu et austère, sur les agrumes notamment.
  • Anjou 2017 est déjà délicieux, on voit que le vin a pleinement récupéré de sa mise pourtant récente. Ça truffe un peu ( truffe blanche), avec des notes marquées d’ananas rôti également.
  • A Françoise 2017 est plus austère en l’état, comme toujours, cette cuvée ayant besoin de vieillir avant de s’exprimer pleinement. Petite réduction bourguignonne très agréable.

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