Le Domaine Daniel Bouland à Villié-Morgon

Daniel devant sa parcelle de Delys

Daniel Bouland est un homme discret et réservé, mais qui devient charmant dès qu’il voit que l’on s’intéresse réellement à sont travail. Il possède un patrimoine de vieilles vignes exceptionnel, qu’il connaît sur le bout des doigts et vinifie en connaissance de cause avec virtuosité. Il pratique une culture et des vinifications traditionnelles, il veut produire des beaujolais à l’ancienne. A noter que le domaine exporte 80% de sa production, notamment vers les USA, l’Australie, le Canada, le Bénélux et la Scandinavie.

Il nous a accordé plus de 2h30 en sa compagnie, et nous avons dû abréger sur la fin par manque de temps…

Parcellaire:

Le domaine s’étend sur 9 ha qui couvrent 3 appellations

  • Chiroubles ( 1 cuvée): 65 ares de grès et de gore (granit décomposé), à mi-coteau. C’est un terroir très pentu, un véritable mur selon Daniel. Ce sol est pour lui presque impossible à labourer, Il est donc obligé de traiter à l’atomiseur pour contenir l’enherbement.
  • Côtes de Brouilly ( 1 cuvée): 80 ares de vignes exposées au sud sur un terroir volcanique et de roches bleues, au dessus du Château Thivin.
  • Morgon (8 cuvées cette année!): environ 7,5 ha éclatés sur plusieurs terroirs:
    • le Pré Jourdan: terroir plat, sablo-limoneux situé à la sortie de Villié-Morgon en allant sur Fleurie. C’est un sol plus profond que sur les autres parcelles et notamment Corcelette qui s’en rapproche.
    • Corcelette: sol sableux en légère pente.
    • Bellevue: 2 ha en location, Il y a ici deux types de sols et deux porte-greffes différents et qui vont donc donner naissance à 2 cuvées distinctes sur 2018
      • une parcelle exposée sud-est sur sol sablonneux en pente douce. Le porte-greffe utilisé est le Vialla, vigoureux mais peu productif, qui contribue donc à limiter l’exubérant gamay. Les vignes sont relativement jeunes, 30 à 40 ans.
      • une parcelle presque plate sise sur un « tas de caillou » dixit Daniel. C’est un terroir qui chauffe beaucoup. Le porte greffe utilisé est le 420A, qui se comporte bien dans de telles conditions. Les vignes sont plus âgées, environ 70 ans. Sur 2018, les vignes de cette parcelle étaient superbes, comme rarement le sont des VV de cet âge, après deux années délicates, car elles étaient bien reposées.

Tout en haut, les vignes de Bellevue

  • Corcelette vieilles vignes: 1,5 ha subdivisé encore en 2 parcelles très différentes, qui donneront là encore en 2018 deux cuvées distinctes
    • l’une sur sable, très vieilles vignes plantées en 1926-1927
    • l’autre sur caillou (granit donc), vignes de 80 ans environ, là encore sur porte greffe 420A. Très vieilles vignes plantées en 1926-1927. Deux parcelles subdivisent encore cette partie: l’une complètement plate composée uniquement de caillou, et une seconde légèrement pentue composée de cailloux mais aussi d’un peu de terre

Tout au fond, les vieilles vignes de corcelette

  • les Delys que Daniel vinifie en deux cuvées distinctes, uniquement différenciées par l’âge des vignes.
    • une partie de la parcelle est sablonneuse et plate, une partir des vignes a été plantée en 1978 et le reste de 1984 à 1987
    • l’autre partie (1 ha environ) est plus pentue mais également sablonneuse, plantée de très vieilles vignes (1925-1926)

La partie sablonneuse (granit décomposé) des Delys

Travail à la vigne:

Daniel travaille donc à l’ancienne, et encore en conventionnel. La densité de plantation est classique, à 10000 pieds/ha. Il est le seul salarié de son domaine et travaille donc énormément à la vigne, même si bien évidemment, au vu de la taille du domaine, il fait appel quand le besoin s’en fait sentir à des prestataires et des saisonniers. Il garde malgré tout pour lui la taille et l’attachage de ses vieilles vignes qu’il adore! Il affirme travailler ses jeunes vignes avec attachage sur fils tendus sur le rang avec des piquets, comme cela se fait classiquement un peu partout, car cela convient mieux à des vignes de cet âge. Ses vieilles vignes sont travaillées en gobelets et encore attachées pied par pied, selon la méthode traditionnelle beaujolaise, qui a tendance à disparaître de nos jours. Daniel estime que cette technique permet de préserver une belle fraîcheur aux vins par la préservation d’une meilleure couverture foliaire. Selon lui, cette technique permet aussi de moins être soumis à la pression des mauvaises levures du sol.

S’il est en conventionnel, Daniel limite ses traitements autant que possible. Sur 2018, il n’a eu besoin d’effectuer que 6 traitements, tous au printemps, pour répondre à la pression du mildiou.

Un cep sur Les Delys, travaillé en gobelet traditionnel sans palissage

Vinifications:

Les vins sont vinifiés de la même manière, seul le contenant d’élevage change. Les vins fermentent uniquement en levures indigènes, en semi-carbonique beaujolaise traditionnelle. Les températures varient entre 28 degrés en début de fermentation et 35 degrés à la fin. Un remontage matin et soir, pas de grillage, pigeage en fin de fermentation ( 2 jours avant décuvage)
Daniel favorise la présence de gaz dans ses vins en cours d’élevage pour les protéger et limiter la quantité de soufre ajouté. Ils ont donc à ce moment un côté perlant et réducteur. Les vins sont ensuite soutirés 15 jours avant la mise, avec deux objectifs: ôter le gaz et éliminer la réduction.
Les raisins sont soufrés à la vendange puis après fermentation malolactique. Ajustement à la mise si besoin, ce qui n’est pas forcément fréquent.

Les vins:

2018 est pour Daniel un grand millésime, avec des rendements importants doublés d’une qualité de raisin remarquable: ça fait du bien au sortir de 2 millésimes compliqués. Il avait rarement, voire jamais, vu une telle vendange, tant en termes qualitatifs que quantitatifs.

Tout a été goûté mi-janvier sur cuve/foudre (2018) , avec encore à ce stade une certaine réduction et un côté perlant, tout à fait normaux comme évoqué précédemment.

  • Chiroubles: élevé en cuve fibre. c’est un vin juteux, séveux et gourmand, qui goûte déjà bien et sera parfait dans sa jeunesse après quelques mois de repos suite à la mise.
  • Côtes-de-Brouilly: élevé en cuve inox. C’est plus dense, les tanins accrochent encore un peu à ce stade mais le vin a une belle fraîcheur et de la gourmandise sur le fruit noir. C’est encore un peu austère mais ça devrait très bien se boire jeune là encore!

Le Chiroubles et le Brouilly sont selon Daniel des vins à boire jeunes, alors que les Morgon sont des vins de garde, à ne pas ouvrir trop tôt.

  • Le Pré Jourdan: élevé en foudre de 4-5 ans. On monte d’un cran en termes de richesse, et l’acidité est ici plus basse. Le vin a encore à ce stade un côté un peu lactique. C’est assez peu causant, quelques notes de bois non invasives, qui soulignent joliment le fruit.
  • Corcelette: élevé dans un foudre nettement plus âgé que celui du Pré Jourdan. Le vin est plus frais, plus dynamique que le Pré Jourdan. Encore du gaz très perceptible à ce stade. Le vin a une belle élégance, malgré des tanins encore présents quoique fins. Côté épicé.
  • Bellevue n°2 (terroir sableux): élevage cuve béton. Belle acidité, le nez est vif et pimpant, les tanins sont encore présents, ainsi qu’une petite réduction. Le vin a du volume et de la longueur, ainsi qu’un beau potentiel de garde!
  • Bellevue n°7 ( terroir caillouteux): élevage cuve béton. C’est tout de suite plus austère, empreint d’une grande minéralité. La comparaison avec le terroir sableux est réellement intéressante. là encore, ça devrait voyager loin.
  • Corcelette Vieilles Vignes n°4 (terroir caillouteux): c’est un vin très austère et minéral là encore. Peu causant en l’état, plus long que large. L’acidité est toujours là, en trame de fond. Très bel équilibre pour un vin à attendre longtemps.
  • Corcelette Vieilles Vignes n°3 (terroir sablonneux): comme pour Bellevue n°2, ce vin est plus souple que la « version cailloux », plus zesty et gourmand, plus accessible en l’état également. Grosse longueur également.

On retrouve sur les deux cuvées Corcelette VV les mêmes marqueurs de terroir que sur celles de Bellevue.

  • Les Delys n°10 ( « jeunes » vignes): élevage cuve ciment. Pour Daniel, le vin n’est en l’état pas très agréable, le vin a besoin d’être soutiré. Pour nous, c’est cependant déjà doté d’une belle gourmandise, avec une acidité comparativement plus basse, beaucoup de fruit, vraiment très bon à mon goût. Grosse longueur.
  • Les Delys n°9 ( vieilles vignes): élevage cuve inox. Vin très juteux, doté d’une belle acidité et de tanins encore bien présents. C’est encore réduit mais au vu de la densité du vin et de ça colonne acide, ce vin a clairement un bel avenir devant lui.

Nous avons ensuite été à la nouvelle maison de Daniel qui se termine, et dans laquelle il conditionne et stocke ses vins, afin de goûter quelques 2017 en bouteille. Pris par le temps, nous n’avons malheureusement pas pu prolonger l’échange autant que nous aurions plu l’espérer.
Nous avons goûté le Chiroubles Chatenay 2017 et le Côte-de-Brouilly Mélanie 2017. Ces vins démontrent l’évolution en bouteilles des vins par rapport à leurs cadets de 2018 précédemment dégustés sur cuve/foudre. ça goûte déjà très bien, et rien n’empêche d’y jeter un oeil dès maintenant, avec toujours un petit supplément de matière et de profondeur pour le Brouilly, malgré des conditions de dégustation plus que fraîches…

Au final, nous avons passé un excellent moment en compagnie de Daniel Bouland. l’existence de chaque cuvée isolée de Morgon nous paraît pleinement justifiée, et l’ordre de dégustation permet une passionnante lecture des différents terroirs et de l’âge des vignes. Les vins ne seront pas assemblé avant la mise, il y aura donc bien 8 cuvées de Morgon en bouteilles!

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